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Anne Soupa, présidente de la CCBF

La Conférence catholique des baptisé-e-s francophones (CCBF) est née d’une intuition forte : se donner le baptême comme pierre de fondation. Un jour précis, cette évidence s’est imposée à nous. Qui étions-nous, les uns et les autres ? Des laïcs, des prêtres, des diacres, des religieux et des religieuses… Tous des baptisés. Car l’Église, peuple de ceux qui croient et annoncent la Résurrection du Christ est bien une « société de baptisés », par analogie avec le nom de « Société de fidèles » qu’elle portait jusqu’au 17e siècle. Par cet ancrage dans le baptême, la CCBF a gagné une identité forte et exigeante : elle accueille quiconque, elle refuse le clivage entre clercs et laïcs, autant qu’un rapport mimétique entre eux, et surtout, elle vit de la spiritualité du baptême, qui fait de chaque baptisé un prêtre, un prophète et un roi.

La CCBF s’est donné pour vocation de susciter la conscience des baptisés : annonce de l’Évangile, construction de l’Église… leur responsabilité est grande et elle est encore trop peu sollicitée, surtout en France où les communautés ont été autrefois « gâtées » par la présence de nombreux prêtres, et où elles ont tardé à se prendre en main, ce qu’elles doivent apprendre aujourd’hui.

Notre association, ardente et convaincue, est née  en 2009, à l’initiative de Christine Pedotti et de moi-même, toutes deux écrivains et journalistes. Toutes deux engagées, Christine dans la catéchèse de jeunes, moi dans la vulgarisation biblique. En ce temps-là, l’Église était trop souvent « un bureau de douane », pliant sous la férule de la Loi, une grosse machine autoréférentielle, arcboutée sur son identité, plus soucieuse de ses structures que de la faim spirituelle de son temps. Devant la lassitude de beaucoup de catholiques, la main sur la porte de sortie, nous avons lancé un slogan qui a fait mouche : « Ni partir ni se taire ». Combien de personnes en souffrance avons-nous accueillies entre 2009 et la fin du pontificat de Benoît XVI ? Trop peu, car nous n’étions pas connus, mais… nous l’avons fait. Au sein de groupes de parole, de permanences d’accueil, semaine après semaine, nous avons écouté et avons patiemment tenté de convertir le ressentiment en ouverture vers l’avenir.

Les divorcés remariés ont raconté, non seulement leur exclusion des sacrements (et celle de leurs enfants, au baptême) mais aussi les jugements à l’emporte pièce qui pesaient sur eux et la manière sournoise dont ils ont été écartés de leur service paroissial ou éducatif. Les personnes homosexuelles ont fait état des jugements ineptes et sans appel dont ils étaient l’objet, et de trop nombreux laïcs, victimes du  nouveau mot d’ordre : « Re-cléricaliser ! », ont été mis brusquement à l’écart, comme si leur service était « de trop » dans notre Église !